Neuchâtel «Je veux des excuses de la police»

2018-05-15

Neuchâtel  «Je veux des excuses de la police»
Le garçon laissé seul par la police neuchâteloise après l’arrestation de son père peine à digérer les événements. Rencontre en présence de sa maman.

Il a 10 ans, l’âge de la raison selon la police neuchâteloise. Mardi dernier, une patrouille mixte a arrêté son père seychellois en laissant l’enfant seul dans l’appartement. Est-il fâché contre la police? «J’aurais préféré ne pas être là», répond l’écolier, en se disant «énervé» autant que «chagriné».

Ce qui révolte la maman, c’est le discours de la police, selon qui le père a rassuré les agents en affirmant qu’il valait mieux laisser le garçon regagner seul le domicile de sa maman, plutôt que de le placer dans un foyer. «Le terme «foyer d’urgence» a effrayé mon mari qui parle le créole et l’anglais mieux que le français. La police l’a cru sur parole, ce qu’elle n’avait jamais fait jusque-là…» s’étonne Julie Houriet Salomon.

«Ce qui a rassuré les policiers, c’est que mon fils ne pleurait pas. Faudra-t-il que je lui apprenne à verser des larmes pour qu’on se soucie de lui?» fulmine la maman. «Lors de l’intervention, personne ne s’est approché de mon enfant pour simplement lui demander son prénom!» précise-t-elle encore. La police réfute toute négligence en affirmant que la patrouille a cherché la meilleure solution pour l’enfant, placé chez son père alors que son arrestation était prévisible.

Papa au téléphone

Avant-hier, l’enfant a pu parler à son père grâce à la carte téléphonique prépayée d’un codétenu. «Il m’a dit qu’il va bien et je le crois», rapporte-t-il. Son papa, Louis se réjouit de le revoir, même si ce sera en prison: le papa a été placé en détention pour quatre mois suite à une infraction à la loi fédérale sur le séjour et l’établissement des étrangers. «En dépit de ses trois enfants, son séjour est illégal», confirme la maman, Julie Houriet Salomon, qui craint son expulsion du territoire suisse. Ce n’est pourtant pas le sort du papa qui met la maman en colère: «C’est un père aimant, mais il aurait pu éviter d’être arrêté devant son fils en se rendant préalablement au poste de police», concède-t-elle. Ce qui ne passe pas, cependant, c’est le sort réservé à l’enfant.

«Mon papa était toujours là quand je partais de chez lui. Là, c’était bizarre d’être seul pour faire la vaisselle, ranger les affaires, éteindre la lumière, fermer les fenêtres et la porte à clé», raconte Louis, qui est allé chercher sa demi-sœur à la danse pour la conduire chez sa maman.

«C’est mon fils de 10 ans qui a annoncé à une fille de 8 ans que leur père avait été emprisonné», indique la maman de Louis. Quand son fils est rentré à la maison, mardi, elle était à Pully (VD) pour deux jours de travail. «Louis m’a tout raconté en pleurs avec le portable disponible à la maison, après avoir tenu le choc pendant trois heures. C’est mon compagnon qui s’en est occupé jusqu’à mon retour. Pourquoi la police, qui connaît mon numéro, ne m’a-t-elle pas contactée? Pourquoi ne pas l’avoir confié à des voisins qui le connaissent bien», poursuit Julie Houriet Salomon. De retour à l’école, Louis a décliné l’assistance psychologique proposée. «Mes maîtresses savent ce qui s’est passé, et j’en ai parlé à mes deux copains les plus proches», confie l’enfant.

«Je veux des excuses de la police et des deux agents», martèle la maman. Ce n’est pas gagné. «Nous cherchons un rendez-vous en espérant un apaisement», répond le porte-parole Pierre-Louis Rochaix.

De nouvelles normes

Sur le plan politique, l’affaire dénoncée jeudi dernier par le Parti ouvrier populaire aura des suites, avec une interpellation qui sera déposée dans deux semaines au Grand Conseil neuchâtelois. «Il faut établir des normes pour qu’aucun enfant ne soit plus livré à lui-même par la police», estime la députée Sarah Blum.

Les popistes saisissent aussi le Conseil d’État en tant qu’autorité de surveillance «concernant ces méthodes et pratiques lors d’arrestations et interpellations, notamment de ressortissants étrangers, ainsi que la prise en charge des enfants et de l’entourage des prévenus lors de ces situations». (Le Matin)

Créé: 15.05.2018, 19h14



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