«Insoumise» Le mari violeur de Sonia Grimm ne lâche rien

2018-05-30

«Insoumise»  Le mari violeur de Sonia Grimm ne lâche rien
Son ex-conjoint l’accuse de lui porter préjudice depuis la parution de son livre témoignage, et veut la censurer. Saisie, la justice genevoise statuera sous peu.

La chanteuse pour enfants n’a pas seulement eu le courage de raconter son histoire. Elle a aussi eu l’audace de l’écrire dans un livre paru début mars: «Insoumise. Autopsie d’un amour destructeur». Elle y décrit la face cachée de son mariage, loin des paillettes de ses spectacles qui font salle comble. Derrière les planches et ses parures de princesse, l’auteure, compositrice et interprète de 43 ans a vécu l’enfer de l’emprise, les humiliations, les violences psychologiques, la dévalorisation systématique, les menaces de mort, les coups. Et, comme si ce n’était pas assez, le viol, une nuit d’août 2014. Fin 2015, son producteur de mari a été condamné à 2 ans avec sursis pour lésions corporelles simples qualifiées, tentative de contrainte, contrainte, contrainte sexuelle et viol. Un apaisement pour cette maman de deux ados, nés d’une précédente union. Le Tribunal de Nyon a reconnu ses blessures et son statut de victime.

Interdire sa parole libérée

Ce verdict lui permet de prendre le chemin de la dure et lente reconstruction, de retrouver son identité et, partant, un avenir sans heurt et douleur. Jusqu’à la parution d’«Insoumise». L’ouvrage, sa promotion et son succès font réagir l’ancien «homme de sa vie», pourtant anonymisé tout au long du récit. Il saisit la justice fin avril («Le Matin» du 26 avril), alors que l’artiste est invitée au Salon du livre de Genève. Il veut l’empêcher d’y témoigner. Il veut aussi lui interdire la publication de son livre, déjà en librairie, et d’en faire la moindre publicité. Autrement dit, Sonia Grimm n’a pas le droit de libérer sa parole, pas le droit d’encourager celles qui restent dans le silence, muselées par la peur. Le Tribunal civil de Genève accède à cette requête urgente.

Une requête qui intervient plus de quatre mois après les premières révélations de la chanteuse de Saint-Cergue (VD) dans les médias. Lundi en fin de journée, le vice-président de la Cour, Stéphane Ascher, a convoqué les parties. D’entrée de cause, l’avocate de monsieur, Me Garance Stackelberg, a tenté d’obtenir le huis clos, visant à exclure la presse des débats. En vain.

Il conteste sa condamnation

«Il y a précisément un intérêt public et un vrai débat sur cette problématique. Même «Mein Kampf» a été diffusé en Suisse. La liberté d’expression est une garantie constitutionnelle», explique Me Alain-Valéry Poitry, conseil de la désormais écrivaine pour adultes. «Tout cela est tellement excessif. Si nous sommes désavoués, on fera tirer les prochains exemplaires en France et ça deviendra un best-seller international!, poursuit-il en plaisantant. Ce livre n’est pas une attaque contre son mari mais l’autopsie d’une relation perverse qui se retrouve dans beaucoup de couples au sein duquel un mari ou un compagnon, n’importe lequel, une forme d’idéal type, joue le rôle de manipulateur.»

La partie requérante estime a contrario que le préjudice subit par l’ex-conjoint de Sonia Grimm est indéniable. Me Stackelberg de contre-attaquer: «Les conséquences des agissements de Mme Grimm sont terribles. Mon mandant est clairement identifiable. Il ne va plus pouvoir se réinsérer professionnellement. Il est très connu dans le milieu du showbiz et a produit d’autres artistes. Actuellement, il vit grâce à l’Hospice général (Genève) et donne quelques cours de piano dans une école. On l’a déjà prévenu qu’il allait peut-être les perdre. Pour le reste (ndlr: condamnation pour viol, etc.), il y a eu un jugement. Ce n’est pas pour autant qu’il admet tous les faits pour lesquels il a été condamné. Il les conteste même. Faute de moyens financiers, il a dû renoncer à recourir.» (Le Matin)

Créé: 30.05.2018, 07h09



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