Suisse Le vélo partagé suisse se développe et innove

2018-09-21

Suisse  Le vélo partagé suisse se développe et innove
Le marché suisse du vélo en libre-service résiste à la concurrence étrangère et se développe dans tout le pays, malgré des frais de mise en place élevés.

Dans le paysage du vélo en libre-service (VLS) suisse, les acteurs locaux résistent aux entrepreneurs étrangers, parfois accusés d'avoir des vélos de piètre qualité. Une dizaine d'acteurs se partage le marché et fait preuve d'innovation, dans un secteur qui semble encore peu rentable mais en essor au niveau mondial.

«Jusqu'à peu, les grandes villes de Suisse n'avaient pas de réseau dense de VLS», reconnaît Valérie Sauter, secrétaire générale du Forum Bikesharing Suisse et responsable de projets chez Pro Velo. «Des réseaux plus denses existent depuis quelques années à Bienne, Thoune et Lucerne. Avec les nouveaux en cours d'installation à Berne et Zurich, les grandes villes franchissent un pas. Et c'est un marché qui se développe.»

C'est d'ailleurs dans ce contexte qu'aura lieu dimanche une votation populaire pour inscrire ou non le vélo dans la Constitution, permettant de promouvoir le vélo de façon coordonnée.

Déjà dix ans

Cela fait déjà près de dix ans que certains acteurs ont émergé en Suisse, comme Publibike (ex-Velopass) créé en 2009, ou Velospot en 2010.

Bruno Rohner, directeur de Publibike, assure que «les investissements sont financés par La Poste par le biais d'un contrat de crédit.» Il évalue à «8 millions de francs l'investissement pour l'exploitation en intégralité d'un réseau comme celui de la ville de Berne avec 2400 vélos».

Concernant la rentabilité, celle-ci est «difficile», admet Valérie Sauter. «On estime que le vélo doit être emprunté entre cinq et sept fois par jour pour qu'un système soit rentable.» Par exemple, Publibike assure compter 1600 emprunts par jour à Zurich, où se trouvent 700 vélos, soit plus de deux locations par jour.

Pour Emmanuel Ravalet, chercheur à l'EPFL et spécialiste des mobilités, «ce système est très coûteux pour les collectivités ou les acteurs. Un vélo est estimé entre 2500 et 4000 francs, et on sous-estime les dégradations. Ces services ne se suffisent pas à eux-mêmes mais fonctionnent en mode multi-modal, avec les bus, les gares». Mais l'expert se montre confiant: «le but n'est pas toujours d'être rentable tout de suite. Et on voit de la publicité se développer sur les vélos pour les financer.»

Concurrence étrangère

Les acteurs historiques ont fait face à l'arrivée de sociétés étrangères et de leurs vélos en «free-floating», sans station d'attache et repérables grâce à une application. Le singapourien oBike, malgré un lancement en fanfare en 2017 à Zurich, a retiré ses vélos, victimes de vandalisme. La société est l'objet d'une enquête dans son pays pour détournement de fonds.

La start-up californienne Limebike propose des deux-roues mais aussi des trottinettes électriques à Zurich. Cet été, Uber, qui a déjà racheté la flotte électrique du new-yorkais Jumb Bikes, a annoncé avoir investi dans Limebike, valorisé à plus d'un milliard de dollars selon Bloomberg.

Face à cette concurrence, le directeur de Publibike, qui a aussi connu des déboires en matière de vandalisme, souligne: «oBike a proposé des vélos qui n'ont pas été adaptés à la topographie suisse.»

Quant à François Kuonen, il dénonce aussi ces vélos garés parfois de manière anarchique. «Je n'ai jamais cru à ces solutions avec ces vélos bon marché. La Suisse est un marché exigeant. La concurrence s'écrème d'elle-même».

Innovation

Velospot, qui compte 2000 vélos, veut encore grandir, en ouvrant l'an prochain entre 10 et 15 sites. «En 2019, nos flottes seront constituées en Suisse exclusivement de vélos à assistance électrique.»

Le pays a aussi vu naître des offres de mobilité innovantes, comme Smide (La Mobilière) et ses vélos électriques sans stations fixes à Zurich. Il vient de lancer un financement participatif pour récolter 250'000 francs et développer le service à Berne.

Autre acteur suisse qui grossit, carvelo2go. Le système a la particularité de compter sur des hôtes qui s'assurent du bon fonctionnement des vélos-cargos électriques et qui peuvent s'en servir gratuitement pour faire de la publicité pour leur commerce. «En 2018, nous avons déjà doublé la flotte avec 120 vélos-cargos de plus», souligne Jonas Schmid, chef de projet carvelo2go à l'Académie de la mobilité du TCS.

Croissance

En mai, un nouvel acteur, Pick-e-Bike (Baselland Transport, EBM Energie et la BKB) a lancé 250 vélos et 60 scooters électriques en flotte libre à Bâle. Et c'est sans compter les 500'000 Suisses qui possèdent déjà un vélo électrique, note l'Académie de la mobilité. Selon une étude d'août du cabinet de conseil Roland Berger, le marché du vélo partagé, présent dans plus de 70 pays, est amené à croître pour peser 7 à 8 milliards d'euros au niveau mondial en 2021.

Le nombre de vélos a plus que doublé en un an, de 4,5 millions en 2016 à plus de 10 millions en 2017. (ats/nxp)

Créé: 21.09.2018, 14h47



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