Cette UDC qui défend la naturalisation facilitée

2017-01-24

Cette UDC qui défend la naturalisation facilitée

C’est une voix qui détonne dans la campagne sur la naturalisation facilitée. Alors que l’UDC est aux premières lignes pour combattre le texte, une de ses conseillères nationales n’hésite pas à s’afficher en faveur du oui. Yvette Estermann (LU) s’était déjà fait remarquer lors du vote au Conseil national. Prenant tout le monde de court, elle avait été la seule UDC à défendre le projet. «J’ai même été lui demander si elle avait vraiment voté oui, se souvient Ada Marra (PS/VD), à l’origine de la révision. Elle m’a répondu que le compromis lui convenait, et m’a même félicitée.»

Si la politicienne lucernoise milite ouvertement en faveur du projet, elle ne fait pas pour autant la campagne avec les partisans. «Si des journalistes me demandent ce que je vais voter, je leur réponds. Pas en tant qu’élue UDC, mais comme citoyenne.» Selon elle, il y a beaucoup d’étrangers de la troisième génération parfaitement intégrés qui sont motivés à devenir Suisses. «Comment pourrait-on leur refuser une naturalisation facilitée, alors que leurs racines sont ici?»

«Comment pourrait-on refuser une naturalisation facilitée à des jeunes motivés et parfaitement intégrés?»

Le discours tranche avec celui de son parti, qui soutient le placardage dans la rue de femmes en burqa qui convoiteraient le passeport suisse. Une campagne qu’elle dénonce d’ailleurs, tout comme le conseiller aux Etats Alex Kuprecht (UDC/SZ), lui aussi favorable au texte.

«Plus Suisse que Suisse»

Peu connue en Suisse romande, Yvette Estermann l’est davantage côté alémanique, où les médias la décrivent comme «surintégrée». Surintégrée? Oui. Car ce que son nom ne laisse pas présager, c’est qu’Yvette Estermann ne vient pas de la campagne lucernoise: elle est d’origine slovaque.

Née à Bratislava dans l’ancienne Tchécoslovaquie, elle y a étudié la médecine avec succès. C’est par amour qu’elle arrive en Suisse dans les années nonante. Rejoignant son mari, elle s’installe à Kriens (LU). Elle sera naturalisée quelques années plus tard. Des origines qui ne l’empêchent pas d’avoir un côté très «Suisse profonde», et de l’assumer totalement. Lors de son élection au Conseil national en 2007, elle se fait remarquer lors de la prestation de serment en arborant le traditionnel costume folklorique lucernois.

«Elle est plus Suisse que Suisse», affirment ceux qui la côtoient. N’est-ce pas étonnant pour une étrangère? «Etre patriote, c’est aimer le pays où l’on vit, répond Yvette Estermann. J’étais patriote en Slovaquie, je le suis désormais ici.» Et d’ajouter: «Un étranger – et d’autant plus une femme – qui arrive en Suisse doit faire plus d’effort que les Suisses eux-mêmes pour s’intégrer.»

De sa Slovaquie natale, elle a gardé l’accent slave, qui résonne lorsqu’elle s’exprime. «Parfois, on pense que je viens des Grisons, rigole-t-elle. Je réponds que la bonne réponse se situe un peu plus à l’Est. Je suis fière de mes origines, et je n’ai pas envie de perdre mon accent.» Ce qu’elle a perdu, par contre, c’est le passeport. Une décision prise lorsque la Slovaquie est entrée dans l’Union européenne. «Etant opposée à l’UE, je ne voulais pas d’un passeport européen. Il faut savoir être conséquent.»

Première de classe

L’UDC, elle y est entrée un peu par hasard. «Quelques mois après mon arrivée en Suisse, j’étais un peu perdue, et j’ai entendu parler de l’existence d’un parti communiste à Genève. Etant née dans une famille anticommuniste dans un pays alors inféodé à l’URSS, j’ai voulu intégrer une formation qui combat cette idée.» Un choix qu’elle ne regrette pas aujourd’hui. Au-delà du patriotisme, elle apprécie le conservatisme du parti sur les questions de société. «Je ne dis pas que les femmes doivent rester à la maison, mais elles doivent avoir le choix. La famille, c’est fondamental.» Ses origines posent-elles problème dans le parti? «On me catalogue parfois comme une étrangère, mais cette remarque ne vient pas que de membres de l’UDC, elle vient aussi de sympathisants d’autres partis politiques.»

Assise à la table des scrutateurs, la Lucernoise ne fait pas de vagues sous la Coupole. Discrète, studieuse et respectueuse des institutions, elle a un côté première de classe. Elle est même l’une des élues les plus assidues aux votes, à en croire les classements. Très engagée pour sauvegarder les traditions, elle milite pour le maintien du Cantique suisse comme hymne national. Elle a aussi à son actif une motion pour mettre fin au changement d’heure.

Sa plus grande victoire? Sans doute l’installation permanente de drapeaux rouges à croix blanche sur le Palais fédéral. Yvette Estermann voulait ainsi éviter que les touristes confondent le bâtiment avec une église… «C’est aussi pour que les Suisses soient fiers de leur pays.» (24 heures)

(Créé: 24.01.2017, 07h01)

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