L’ancienne geôlière n’ira pas en prison

2017-01-24

L’ancienne geôlière n’ira pas en prison

L’ancienne gardienne de prison est coupable, mais elle ne se retrouvera pas derrière les barreaux. Le Tribunal de district de Dietikon (ZH) a condamné ce mardi la plus célèbre geôlière de Suisse à une peine de 15 mois avec sursis. La jeune femme, âgée de 33 ans, avait aidé à s’évader de la prison de Limmattal (ZH), en février 2016, le détenu Hassan Kiko, dont elle est tombée éperdument amoureuse. Leur cavale romanesque avait passionné les foules, outre-Sarine. Les amants fugitifs avaient été arrêtés après une fuite de plus de cinq semaines, planqués au 7e étage d’un immeuble locatif, près de Bergame, en Italie.

Pour le président de la Cour, Stephan Aeschbacher, la prévenue a lâchement abusé de la confiance qui lui était accordée en tant que gardienne de prison. Il a qualifié sa faute de moyennement grave à grave. Sa sentence se situe à mi-chemin entre les 27 mois de prison, dont 7 ferme, requis par le Ministère public zurichois et les 6 mois avec sursis demandés par la défense. Angela Magdici est reconnue coupable d’assistance à l’évasion et de violation grave des règles de la route. Alors que les deux amants filaient au volant de la BMW de la geôlière, cette dernière avait manqué de faire un accident. L’ancienne gardienne est aussi jugée responsable d’avoir emporté dans sa fuite les clés du centre de détention. Cette soustraction avait poussé l’établissement pénitentiaire à changer ses 900 serrures pour un montant de plus de 117 000 francs.

«Je suis contente de ne pas devoir aller en prison», s’est réjouie Angela Magdici au terme de son procès, en fin d’après-midi. Son sourire contrastait avec la mine sombre du début de journée lorsqu’elle est apparue devant les juges lors d’une audience très suivie par les médias. Questionnée sur les faits qui lui étaient reprochés, elle s’est d’abord recluse dans le mutisme. Avant de s’ouvrir un peu sur ses relations avec celui qu’elle était censée surveiller.

Oui, ils sont tombés amoureux en prison. Non, elle n’a pas eu de relations intimes avec lui. Oui, elle savait que Hassan Kiko avait été condamné à 42 mois de prison pour une agression sexuelle en Thurgovie en 2014, puis pour le viol d’une mineure à Schlieren (ZH) en décembre 2015. Cette dernière condamnation, elle la juge d’ailleurs injuste, ce qui a joué un rôle moteur dans sa décision de l’aider à s’évader. Pourquoi ne pas avoir laissé la justice trancher alors qu’un recours était pendant? «Nous voulions être ensemble.»

Les larmes d’Angela L’audience a pu constater l’étendue des sentiments que nourrit Angela Magdici pour celui qu’elle considère comme l’homme de sa vie. Le délinquant n’est pas tel qu’il a été décrit, a-t-elle insisté. Mais elle n’a pas cherché d’excuses. «J’ai fait une faute. Je ne la referai pas.» Aujourd’hui, elle veut reprendre le cours de sa vie. «Je veux travailler, être là pour Hassan.» Elle ne retiendra pas ses larmes au moment de présenter ses excuses à sa famille, qui n’était pas présente.

De son côté, le Ministère public a fustigé le comportement de la jeune femme: celle-ci a violé ses devoirs et a décidé de rendre justice elle-même, a plaidé la procureure Anette Schmidt. «Elle n’a pas libéré un homme qui a réalisé de petits délits mais un délinquant sexuel condamné à plusieurs reprises», a-t-elle ajouté.

La défense, elle, a évoqué les lourdes conséquences que paie déjà Angela Magdici pour ses actes. «Son visage est aujourd’hui connu de tous. On la reconnaît dans la rue. Elle est stigmatisée, se fait insulter sur Facebook et a reçu des menaces de mort», a relaté son avocat, Urs Huber. Qui a encore souligné les efforts de l’ancienne geôlière pour se réintégrer dans la société. «Ce n’était pas facile, mais elle a trouvé un travail.»

Le juge Stephan Aeschbacher a pris ces éléments en compte dans son verdict. Les perspectives sont bonnes pour Angela Magdici, qui, de plus, n’a pas de casier judiciaire. A sa charge, il a souligné que le couple «ne regrette pas l’acte, mais le fait de l’avoir raté». Allant dans le sens du Ministère public, il a condamné le fait que la jeune femme ait cherché à rendre justice elle-même. «Ça ne va pas.»

Longue attente Angela Magdici devra patienter avant de pouvoir vivre pleinement son histoire d’amour avec Hassan Kiko. Il lui reste encore plus de cinq années à passer derrière les barreaux. En décembre dernier, la justice zurichoise a confirmé sa culpabilité dans l’affaire du viol de mineure. (24 heures)

(Créé: 24.01.2017, 22h10)

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